Stabat Mater

="Christ"

Sur le bois de la Croix agonisait Jésus.
Ses amis s'y trouvaient, trois heures après-midi.
Au milieu des larrons, il était là, pendu.
Sa mère, surtout, se mourait avec lui.

Le vieillard Siméon le lui avait prédit
Lorsqu'au Temple, elle avait présenté son enfant:
Un glaive de douleur lui percerait l'esprit
Aujourd'hui et demain, un peu plus de trente ans.

Mère du Fils unique en même temps que son Dieu,
En elle résonnaient les coups de la Passion.
De près ou de plus loin, le suivait de son mieux,
Espérant malgré tout en la Résurrection.

Qui pourrait résister devant tant de souffrance,
Alors que sur la Croix, Christ est en agonie?
Comment rester alors dedans l'indifférence
Et ne pas compatir aux affres de Marie?

Pendant que les ténèbres recouvraient la terre,
Seul celui dont la pierre remplacerait le coeur
Ne s'affligerait pas en contemplant la Mère
Qui demeurait debout, sans voix et toute en pleurs.

Il fallait bien de Dieu ce contrepoids d'amour
Pour libérer l'humain de toute infirmité.
Et lui permettre enfin de retrouver le jour.
La mort serait vaincue, ainsi que le péché.

Il criait pour tous ceux connaissant l'abandon.
Il disait sur la Croix que tout est accompli.
Il obtient de son Père la grâce du pardon.
Il répand sur la terre le souffle de l'Esprit.

Apprends-moi donc, Marie, à pleurer avec toi,
A méditer encore la Parole de Vie,
A garder cependant l'espérance et la foi,
A louer Dieu sans cesse, le jour comme la nuit.

Les peuples de ce monde, privés de leur boussole,
En cherchant leur chemin risquent de s'égarer;
Alors que tu es là, Celle qui les console
Et leur apprend à vivre, sans se décourager.

Que les plaies de ton Fils, de ses pieds, de ses mains
S'incrustent en mon âme et y restent à jamais;
Que celle de son flanc, ou plutôt de son sein,
Me conduise à l'amour: c'est de là qu'il venait.

Ôsoldat inconnu, toi qui, sans le comprendre,
De son côté ouvert fis jaillir l'eau, le sang,
Tu indiquais ainsi le bon chemin à prendre:
Celui du coeur de Dieu qui aime infiniment.

Quand à l'orée du ciel, je n'oserai entrer,
Ni franchir l'invisible frontière des cieux,
Tu me feras passer, tel un contrebandier,
Et me jeter, confiant, entre les bras de Dieu.

Père Michel Henry

"Corbiniana" février 2007 - Reproduit avec autorisation. Christ ancien: D.R.